Une lecture déroutante

Cela fait plusieurs années que je veux lire Donna Haraway, la biologiste, philosophe et historienne des sciences états-uniennes qui a secoué le monde de la pensée pendant plusieurs décennies et dont le nom revient souvent dans des discussions. La première fois que j'en ai entendu parler c'était en 2022, lorsque j'étais artiste en résidence à La Condition Publique[^1] et depuis quatre ans, je me dis :
je devrais la lire mais j'ai peur
J'avais peur car, comme de nombreux.se.s penseureuses qui sont passéx par les bancs de l'université, je reniflais que Donna Haraway parlait pour un groupe de personnes disposant d'un vocabulaire technique et de références que non seulement je ne possède pas, mais qui me crispent et que je ne souhaite pas particulièrement maîtriser[^2].
Il y a quelques mois, au moment de payer à la caisse de la librairie lyonnaise Une Librairie à Soi.e (allez-y avec des euros dans la poche), que vois-je en caisse ? Une nouvelle traduction de "Savoirs situés" la notion que Haraway a théorisé en 1988 et qui est devenue virale dans les mondes artistiques et militants, suivi d'un entretien avec Jeanne Burgart Goutal. Le livre est petit, court, tout ce que j'aime. Le texte Savoirs situés fait cinquante page, et je découvre qu'il a d'abord été publié dans une revue. Douze euros. Je dis banco.
Il y a quelques jours, je me suis lancée dans la lecture, qui débute avec dix pages de préface fort intéressante par les éditeurs chez Wild Project, Baptiste Lanaspeze et Marin Schaffner. Je me lance avec l'envie de découvrir, d'apprendre, et d'avoir moi aussi le cerveau qui explose grâce à Donna Haraway.
Hélas le texte est rempli de ce genre de phrases :
Le constructivisme social maintient que la méthode scientifique en tant que doctrine, et tout le verbiage philosophique à propose de l'épistémologie qui l'accompagne, ont été concocté.e.s pour détourner notre attention d'une connaissance effective du monde par la pratique des sciences.
Et après dix pages à lire des mots qui s'enchaînent et ne créent aucun sens ni aucune image ni aucune émotion, je suis allée à la fin, pour lire l'entretien avec Jeanne Burgart Goutal, en espérant me sentir un peu moins exclue de ce groupe. Pari tenu, l'entretien est une petite explication de texte, qui donne envie d'en savoir plus, de mieux comprendre, et d'apprécier Donna Haraway. J'ai souligné plusieurs choses et je ne regrette pas cet achat compulsif qui m'aura offert une intro et une outro qui auront fait office de contenu de qualité.
Merci à la maison Wild Project d'avoir pensé à crée cet écrin. Je ne sais pas comment était l'ancienne traduction de Donna, mais la nouvelle ne me semble toujours pas accessible. Néanmoins, ma curiosité continue d'être piquée et je vais essayer d'aller trouver du Donna Haraway pour les nulles, parce que c'est quand même dommage de produire des idées incroyables et de n'être comprise que par les gens très très très intellectuels.
Power to the people, wesh
[^1] J'en parle plus longuement dans Retisser la toile du sens
[^2] Comme par exemple le mot épistémologie dont je ne comprends même pas la définition. Je n'ai pas beaucoup d'appréciation intellectuelle pour les personnes qui utilisent du vocabulaire qui isole au lieu d'inclure.